Gloria, la jardinière

Mon rosier pâle du Bengale 

qui peines à faire trois roses,

je craque quand je te bêche,

je bruisse quand je t’arrose. 

Chaque jour tu te déssèches.

Pas bon de vivre à côté 

d'un prunier chargé, chargé,

chargé de fleurs...

Lui si riche et toi si pauvre.

Mais qui sait un jour viendra

où changée l'ordre des choses

le prunier fera trois roses

et toi, rosier, des milliers

de prunes dont quelques-unes

seront des prunes glorieuses

du Bengale, trop goûteuses !

Monologue de la fourmi Pareille-3



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Rien de grains, rien de gains,
rien de pailles, rien qui vaille.
Pas de pain, pas de crottin
de Champignol pâte molle,
pas de mie, pas de Brie,
pas de rab 
et des brindilles point.
C'est pas grave !
 
Qu'est-ce que je voudrais trouver
un bel insecte crevé
à traîner des heures entières,
à la fourmilière...
"Qui vient là ?
La Pareille-3 ?... 
Hourrah, hourrah !
Meilleure ouvrière !
Médaille à la Pareille-3 !"
Etcétéra.
Ah, aux braves il ne sied pas
de se décourager
comme ça !
Marche donc, la Pareille-3 !
 
Rien de grains, rien de gains,
rien de pailles, rien qui vaille.
Pas de pain, pas de crottin
de Champignol pâte molle,
pas de Brézain, pas de Brie,
pas de rab 
et des biscuits point.
C'est pas grave !
 
 


Pibales du port de Saint-Pardon de Vayres

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
Ce matin il pleut encore

sur le port de Saint-Pardon

et sa cale sans bateaux

bouge un peu, couverte d'eau.

Des pibales transparentes 

font la fête là-dedans,

contentes d'avoir quitté 

le grand océan salé, 

si amer à avaler.

"Dordogne d'or !", 

disent-elles,

"Dordogne de caramel,

chocolat, café au lait !

À la pelle on te boirait,

si ça se pouvait !"
 
 
Violeta FIGUEIREDO

https://poemes-violeta.blogspot.com


 






 

 

Les pibales (civelles) sont des anguilles juvéniles.

 


Grand-Mère Loup

La voilà la Grand-mère Loup

à l'entrée de sa tanière.

Elle flaire l'air, les nuages,

les animaux de passage...

Rouges-gorges repartis

dans la grange à bestiaux,

fourmis en catimini,

canards à la queue leu leu

volant en triangle, là-haut... 

Ah cette fois plus de doutes,

l'hiver blanc s'est mis en route.

Très bientôt il sera là,

chargé d'empreintes de pas...

Des proies à suivre partout !...

La belle saison des loups !


 


 

Dame Pie et l'étourneau

Du rempart de la tourelle

Dame Pie guette le ciel.

"C'est quoi, cet oiseau au loin ?

Un étourneau sous la pluie,

cherchant en vain le chemin

d'air bleu qui mène à son nid..."

Où t'en vas-tu, étourneau ?

Descends te mettre à l'abri !

Prends paille, charpie, brindilles

et plumetis et chiffons,

fais-toi un bon édredon !

Paille et brindilles pour moi

et chiffons et édredon ?...

Sainte vous êtes, pardi,

très noble dame la Pie !

Le dromadaire guide

Pour mieux te voir, ma fontaine,

je marche les yeux mi-clos,

mes rêves sont des lichens

posés au bord de ton eau.


Source de paix, si lointaine,

je suivrai tes reflets verts, 

eux seuls délivrent mon cœur

de la chaleur du désert.









Foto http://blogfr.acacia-adventure.com/histoires/670-2/

Ces scies-ci

Ces scies-ci scient cent cyprès,

cent  cyprès de soixante ans,

elles les scient à belles dents,

sans regrets:

" Vran, vran, vran... ", plus de bosquet. 

 

Le voilà prêt à rouler,

" Vron, vron, vron... ",  le gros camion

chargé de cent troncs coupés

qui pèsent six mil années.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour mieux connaître les cyprès:

http://lagunesgarrigue.canalblog.com/archives/2016/01/29/31645157.html





La Cendrée

Jean-Charles de Charchigné,

un chasseur sachant chasser,

s'il va chasser sans son chien,

c'est sûr qu'il chasse moins bien...

Mais il chasse tout de même

quelques lapins de garenne,

tandis que chez lui son chien,

resté seul, ne chasse rien.

 

Son chien est une femelle,

on l'appelle la Cendrée,

elle a eu six beaux chiots

qui sont dans un grand panier.

Elle ne sort plus, la Cendrée.

Elle est aux anges, elle prend son

congé de maternité.


 






Charchigné


Le renardeau et la lune

  Lune des prés et des mares, coucou ! 

C’est encore moi, le renard !

Tu ressembles à un petit guépard ce soir.

Tu n’es pas un petit guépard ?

Non, Dame Lune des mares !

Ça alors, tu es tout pareil...

Non, je suis plus menu et plus fûté !

-- Donc, si tu n’es pas un guépard...

serais-tu par hasard un jaguar ?

Non, Dame Lune des mares,

je ne suis point un jaguar, je suis un renard !

Pourtant tu as le pelage moucheté...

À moins que ce soit les reflets des branchages.

C’est les reflets des branchages,

Dame Lune des prés ! J’ai un joli pelage roux 

tout doux, pas du tout moucheté !

Dommage... Si tu avais le poil moucheté,

tu pourrais être un guépard ou même un jaguar...

Dame Lune, je ne veux pas ressembler

à ces mochetés de guépards et jaguars !...

Je suis un renard, moi !!

C’est bon, ne crie pas comme ça.

Là, je vois bien que tu n’es pas un jaguar

ni un guépard. Eux ils sont bien élevés.

Et puis à cette heure-ci ils sont déjà au lit.

Tu ne voudrais pas aller au lit, toi aussi ?

Si. À demain, Dame Lune.

À demain, petit renard. 

Je m’en vais compter mes prés 

et mes mares.

 

Cette histoire quand on la raconte devient un peu plus longue. Écoute donc...


Tête de Linotte

En été Tête de Linotte

se chauffe son joli nez

avec un long cache-nez

qui lui descend jusqu'aux pieds.

Mais en hiver sa vie change !

En hiver Tête de Linotte

vole partout comme un ange,

vêtue d’une petite culotte

brésilienne jaune et verte

et d’un coquet petit gilet

en poil d’âne chauve

qui serait presque violet

s’il était mauve.