Rien de Rien et sa boule à voyager

Rien de Rien a inventé

une boule à voyager.

Il survole des jardins

et tous les chiens lui aboient.

Leurs maîtres viennent dehors:

" Ah ça alors! Qu'est-ce qu'il y a? "

Il n'y a plus rien. Rien de Rien

va déjà loin, près du fleuve

là où il y a une maison neuve

pleine de chats musiciens

qui en ce moment précis

jouent du violon

les Quatre Saisons 

de Vivaldi. 

Rien que de voir Rien de Rien

ces chats musiciens soudain

se remettent à jouer

du rap désaccordé.

Affolée, la boule s'enfuit,

rien ne saurait l'arrêter !

Plus haut, plus haut!

Rien de Rien a un mal fou

à s'équilibrer dessus,

sur un chemin cahuteux

de nuages.

Tout en bas il y a des prairies 

vertes, rafraîchies de pluie,

un village, deux villages,

une école et un préau,

les enfants regardent en haut,

agitent les bras:

" -- Tiens, Rien de Rien qui s´en va! " 

Rien de Rien les voit aussi:

" -- Salut, au revoir les petits ! "

 

Voici Monsieur Rien de Rien, tel que je l'ai peint sur le mur de ma cuisine, au Portugal:









LES RÊVEURS DE VOYAGES

Tous  les rêveurs de voyages

recherchent  de clairs paysages.

Des navires sur la mer,

des plages et des salines,

des sources dans le désert,

des roseraies sans épines.

 

Ils s'en vont tôt le matin,

ils s'en vont tard dans la nuit,

pas de peur, pas de soucis

c’est la boule qui conduit.

Gloria, la jardinière

Mon rosier pâle du Bengale 

qui peines à faire trois roses,

je craque quand je te bêche,

je bruisse quand je t’arrose. 

Chaque jour tu te déssèches.

Pas bon de vivre à côté 

d'un prunier chargé, chargé,

chargé de fleurs...

Lui si riche et toi si pauvre.

Mais qui sait un jour viendra

où changée l'ordre des choses

le prunier fera trois roses

et toi, rosier, des milliers

de prunes dont quelques-unes

seront des prunes glorieuses

du Bengale, trop goûteuses !

Monologue de la fourmi Pareille-3



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Rien de grains, rien de gains,
rien de pailles, rien qui vaille.
Pas de pain, pas de crottin
de Champignol pâte molle,
pas de mie, pas de Brie,
pas de rab 
et des brindilles point.
C'est pas grave !
 
Qu'est-ce que je voudrais trouver
un bel insecte crevé
à traîner des heures entières,
à la fourmilière...
"Qui vient là ?
La Pareille-3 ?... 
Hourrah, hourrah !
Meilleure ouvrière !
Médaille à la Pareille-3 !"
Etcétéra.
Ah, aux braves il ne sied pas
de se décourager
comme ça !
Marche donc, la Pareille-3 !
 
Rien de grains, rien de gains,
rien de pailles, rien qui vaille.
Pas de pain, pas de crottin
de Champignol pâte molle,
pas de Brézain, pas de Brie,
pas de rab 
et des biscuits point.
C'est pas grave !
 
 


Pibales du port de Saint-Pardon de Vayres

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
Ce matin il pleut encore

sur le port de Saint-Pardon

et sa cale sans bateaux

bouge un peu, couverte d'eau.

Des pibales transparentes 

font la fête là-dedans,

contentes d'avoir quitté 

le grand océan salé, 

si amer à avaler.

"Dordogne d'or !", 

disent-elles,

"Dordogne de caramel,

chocolat, café au lait !

À la pelle on te boirait,

si ça se pouvait !"
 
 
Violeta FIGUEIREDO

https://poemes-violeta.blogspot.com


 






 

 

Les pibales (civelles) sont des anguilles juvéniles.

 


Grand-Mère Loup

La voilà la Grand-mère Loup

à l'entrée de sa tanière.

Elle flaire l'air, les nuages,

les animaux de passage...

Rouges-gorges repartis

dans la grange à bestiaux,

fourmis en catimini,

canards à la queue leu leu

volant en triangle, là-haut... 

Ah cette fois plus de doutes,

l'hiver blanc s'est mis en route.

Très bientôt il sera là,

chargé d'empreintes de pas...

Des proies à suivre partout !...

La belle saison des loups !


 


 

Dame Pie et l'étourneau

Du rempart de la tourelle

Dame Pie guette le ciel.

"C'est quoi, cet oiseau au loin ?

Un étourneau sous la pluie,

cherchant en vain le chemin

d'air bleu qui mène à son nid..."

Où t'en vas-tu, étourneau ?

Descends te mettre à l'abri !

Prends paille, charpie, brindilles

et plumetis et chiffons,

fais-toi un bon édredon !

Paille et brindilles pour moi

et chiffons et édredon ?...

Sainte vous êtes, pardi,

très noble dame la Pie !

Le dromadaire guide

Pour mieux te voir, ma fontaine,

je marche les yeux mi-clos,

mes rêves sont des lichens

posés au bord de ton eau.


Source de paix, si lointaine,

je suivrai tes reflets verts, 

eux seuls délivrent mon cœur

de la chaleur du désert.









Foto http://blogfr.acacia-adventure.com/histoires/670-2/

Ces scies-ci

Ces scies-ci scient cent cyprès,

cent  cyprès de soixante ans,

elles les scient à belles dents,

sans regrets:

" Vran, vran, vran... ", plus de bosquet. 

 

Le voilà prêt à rouler,

" Vron, vron, vron... ",  le gros camion

chargé de cent troncs coupés

qui pèsent six mil années.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour mieux connaître les cyprès:

http://lagunesgarrigue.canalblog.com/archives/2016/01/29/31645157.html