Tête de Linotte

En été Tête de Linotte

se chauffe son joli nez

avec un long cache-nez

qui lui descend jusqu'aux pieds.

Mais en hiver sa vie change !

En hiver Tête de Linotte

vole partout comme un ange,

vêtue d’une petite culotte

brésilienne jaune et verte

et d’un coquet petit gilet

en poil d’âne chauve

qui serait presque violet

s’il était mauve.

La plage fluviale

Le fleuve du soir charrie

un tas de roseaux gluants

qui vont ensemble en radeau

se jeter dans l'océan : 

"Salut rivage, on te quitte !"

Puis en passant par la plage,

ils s'aggripent, ils tournent en rond,

ils hésitent.

Les raisins hyper-pourris (chanson pour des dessins animés)

Les raisins hyper-pourris
sont exquis,
ils sont givrés, ils ont gelé
pendant la nuit.

— Nous les souris on en fait
du sorbet à petit prix
pour nos amis !

— Nous les mulots on en fait
des litres de vieux porto
pour l’apéro !
 
— Nous les belettes on en fait
des galettes au roquefort
qui puent très fort !
 
— Nous les tortues on en fait
du sirop bon pour la toux,
c’est le siroup !

Les raisins hyper-pourris 
sont exquis,
ils sont givrés, ils ont gelé
pendant la nuit.



Morse sur la banquise

Morse ne sait pas le morse.

Ah si le morse il savait,

en morse il appelerait

Miss Morse Beau-Rivage,

lui passerait ce message:

"Morse mâle, solitaire,

orphelin de père et de mère,

a besoin d'une compagne

qui à la nage le rejoigne !"


 





Le chardon de l'embouchure


Direction soleil couchant,

le chardon sec va vogant,

piquants dehors, fort hardi,

laissant l'eau noire griffée

se tordre derrière lui.


Passée le dernier tournant, 

hélas, les choses se compliquent.

Sali de pailles, de déchets,

il freine en cercle, il hésite... 

Plus de couchant, pas de fuite : 

devant lui il n'y a que la Nuit,

la grande chèvre atlantique. 


Fleuve Mondego


Mondego

 

Pour lui, les charbons, les cendres,

les rats noyés, les oranges,

sont des cadeux somptueux, 

des offrandes.

 

Jusqu'au bout de la jetée,

là où le vent est salé, 

il peut couler en repos,

des échardes de lumière

dans le dos. 

 

 

Mais la mer il la craint trop.

 

"Laisse-toi faire, laisse-toi faire...

 

Laisse donc toi faire, oh ..."

lui répète le clapotis 

de l'eau.

La chienne Frenchie au jardin

Pendant que tu lis, Jimmy, 
j'arrose de fils de bave le sable. 
Ça fait déjà une rigole, 
les feuilles sèches s'y collent... 
Quelle bave de qualité ! 
On pourrait coller avec  
des statues grecques cassées, 
et là j'aurais des entrées
gratuites dans les musées. 
Et toi tu en aurais aussi, 
mon Jimmy,  
je sais que tu aimes les musées !

"-- Ouais... ouais... ouais..."

Quoi, maintenant tu téléphones ? 
Tu téléphones à qui? 
Regarde-moi donc, Jimmy, 
j'attends que tu me souries, 
me dises des choses gentilles, 
 genre "Ah la vilaine chienne, 
ah la baveuse..." 
Ça ne fait rien, j'attendrai, 
je ne suis pas malheureuse, 
j'ai ma bave pour m'occuper. 
 
Ah mon Jimmy, mon Jimmy, 
il est midi et d'ici 
jusqu'au soir tout l'impossible 
est possible !
 


Le caméléon déménage

La merveille que voilà,
du plus beau jaune, c'est moi
au bout de la branche du
mimosa.

Je descends! C'est le printemps!
Je foule le gravier rouge.
J'en rougis de joie: je bouge!

Faut pas trop en faire, quand-même...
Point de galop, point d' extrêmes...    

Regardez donc, chers amis: 
ce pin pignon beau, exquis, 
c’est ma nouvelle maison ! 
J’entame son escalade, 
maquillé de vert-marron
et d’une touche de gris.
 
Chut... Un chat en promenade  
qui passe traînant la queue, 
comme un tigre silencieux...
 
Et moi, si bien embusqué,
je l'ai trompé, quelle prouesse !
J'en oublie ma faiblesse,
j'en oublie même mes vertiges.
Je monte, glisse, remonte,
je me risque à des voltiges
et puis enfin me repose...
Suis-je bien sur mon beau pin,
tout vert dans le matin rose !

 

 

 

 

Le chat au poil hérissé

Le chat se pencha sur la

margelle du puits et vit

dans les éclats de l'eau sombre

ses neuf vies réfléchies. 

                                                           

 

L’ oiseau Touloublih

Voici l’oiseau Touloublih :
debout sur une seule patte, 
jamais ses poux il ne gratte. 
Mange-t-il ? Peut-être pas. 
Les graines dans la mangeoire
et l’eau dans la grande jatte 
brillent, brillent... Il les oublie. 
Il oublie tout, Touloublih. 
Sur ses doigts des fourmis passent, 
puis s’en vont sans qu’il les chasse. 

Quand il dort, droit comme un if,
à son réveil il me fixe 
dans les yeus: Ah là, là,
ah là, là, tu es encore là,
espèce d'oiseau oisif ?... »
 

 

Pile à l'heure du goûter

– Toc, toc, toc ! 

Il y a un phoque, 

un phoque sur mon palier.  

Je le vois par l'oeilleton.

– Toc, toc, toc ! Pom, pom, pom!

C’est bien un phoque, 

un phoque fort essoufflé.

Il a grimpé toutes les marches 

de l’escalier.

– Pom, pom, pom ! Toc, toc, toc !..

– J’arrive, monsieur le phoque !

Bonjour ! S’il vous plaît, entrez ! 

Puis-je vous offrir une tasse

de thé chaud à la mélasse ?

– Très volontiers.

– Toc, toc, toc !

Ça alors... Un autre phoque

posé sur le paillasson.

Je le vois par l’oeilleton.

– Pom, pom, pom !... Toc, toc, toc ! 

C’est bien un phoque, 

un phoque fort essoufflé.

Il a grimpé toutes les marches 

de l’escalier.

– Pom, pom, pom ! Toc, toc, toc !..

– J’arrive, monsieur le phoque !

Bonjour ! S’il vous plaît, entrez !

Puis-je vous offrir une tasse

de thé chaud à la mélasse?

–Vous n'auriez pas du café

à la place ?... 

Un bon café bien glacé ?

Du thé chaud à la mélasse

quand je suis si éssouflé,

désolé, mais je m'en passe.